Le parti démocrate japonais (PDJ) a remporté les élections législatives le 30 Août dernier et son leader Yukio Hatoyama sera officiellement nommé premier ministre le 16 septembre prochain. Alors que les médias s’interrogent sur la possibilité d’un tournant anti-libéral de la politique gouvernementale japonaise, regardons plutôt un DVD.

Perfect Blue, animé réalisé en 1999 par le japonais Satoshi Kon, est un film halluciné et hallucinant. Les grandes lignes du scénario laissent supposer un thriller classique avec l’attitude des fans envers leurs idoles en toile de fond.
Une jeune chanteuse, Mima, fait ses adieux à la scène à tout juste 21 ans pour devenir actrice, son
agent pensant qu’il n’est jamais trop tôt et vite trop tard en matière de reconversion pour une idole des jeunes. Alors que Mima commence le tournage de sa première série télévisée, elle découvre un site internet sur lequel “elle” raconte sa vie. L’intrigue se noue autour de la vie de ces deux Mima, l’une réelle, l’autre virtuelle, sur fond de fans en colère qui regrettent la chanteuse et dénigrent l’actrice. Très vite, autour de la future ex idole, les morts s’accumulent, les assassinats se produisant en suivant le scénario de la série télévisée dans laquelle Mima joue un rôle de plus en plus important.
Sous les traits d’un bon vieux thriller se cache en fait un trésor de polar schizophrène et une critique efficace des identités produites par le star system. Ce ne sont pas seulement les fans qui traitent leur ancienne idole comme un personnage désincarné mais la starlette elle-même qui se lance à la poursuite de son double, resté une chanteuse à succès. Les enjeux sont simples. Pas besoin ici de se laisser aller à des médiations philosophiques, il suffit de passer cinq minutes devant une émission de télé réalité afin d’entendre un candidat s’exclamer qu’il est enfin libre (soupir, stupeur et tremblement) de nous montrer sa (quatrième) vraie personnalité, le tout en parlant bien entendu de lui à la troisième personne.
Bref, Perfect blue est un truc de dingue dans un monde qui ressemble de manière inquiétante à la “vraie” vie. C’est toute la beauté et la difficulté du film, il faut accepter de se perdre avec l’héroïne. Au fil de l’intrigue le spectateur n’est pas plus sûr que Mima de savoir distinguer le fantasme de la réalité.
Petit extrait : Mima, l’actrice, poursuivant son double, chanteuse.